Publié le 8 novembre 2026 Mis à jour le 8 novembre 2026
Une banque doit en principe rembourser immédiatement une opération de paiement non autorisée, même si le client a saisi ses identifiants sur un faux site. Dans un arrêt du 15 octobre 2026, la Cour de justice de l’Union européenne précise que la « négligence grave » ne permet pas à l’établissement de retarder ce remboursement.
Une victime piégée par un faux acheteur
L’affaire vient de Pologne. Une femme avait mis un objet en vente sur une plateforme en ligne. Un faux acheteur lui a envoyé un lien censé confirmer la transaction. La page imitait le site de sa banque et lui a demandé ses identifiants ainsi qu’un code reçu par SMS.
Les fraudeurs ont ensuite viré environ 700 euros, soit 3 000 zlotys, vers leur propre compte. La cliente a signalé l’opération à sa banque et à la police dès le lendemain. La banque a refusé de la rembourser, estimant qu’elle avait commis une négligence grave en transmettant ses données de sécurité.
Le remboursement doit intervenir d’abord
La Cour de justice de l’Union européenne distingue deux étapes. Selon l’article 73 de la directive européenne sur les services de paiement, la banque doit rembourser une opération non autorisée dès qu’elle en a connaissance, au plus tard à la fin du jour ouvrable suivant.
La négligence grave du client ne figure pas parmi les motifs permettant de différer ce premier remboursement. L’exception vise le cas où la banque dispose de raisons sérieuses de soupçonner une fraude commise par le client lui-même et transmet ces raisons par écrit à l’autorité nationale compétente.
La banque peut ensuite contester
Le remboursement immédiat ne signifie pas que la responsabilité du client ne pourra jamais être examinée. Dans un second temps, la banque peut agir pour récupérer les sommes si elle démontre que le client a intentionnellement ou par négligence grave manqué à ses obligations.
La charge de cette preuve repose sur l’établissement. Le principe posé par la Cour évite que la victime supporte la perte pendant toute la durée du litige simplement parce que la banque qualifie son comportement de négligent.
Attention : toutes les arnaques ne sont pas couvertes
L’arrêt concerne une opération non autorisée, c’est-à-dire un paiement auquel le titulaire du compte n’a pas consenti. Il ne tranche pas le cas d’un virement que la victime ordonne elle-même sous la pression d’un faux conseiller bancaire.
Cette différence est décisive. Si une personne valide volontairement un virement vers le compte indiqué par l’escroc, même après manipulation, l’analyse juridique peut être différente. Il ne faut donc pas résumer la décision par « la banque rembourse toutes les arnaques » : ce serait confortable, mais faux.
Que faire après une opération suspecte ?
- Contacter immédiatement la banque par son numéro officiel et demander le blocage des moyens de paiement concernés.
- Contester par écrit l’opération en précisant qu’elle n’a pas été autorisée.
- Conserver les SMS, courriels, adresses du faux site, captures et relevés.
- Déposer plainte ou utiliser les dispositifs de signalement adaptés.
- Demander une réponse écrite si la banque refuse le remboursement.
Ces démarches ne garantissent pas l’issue de chaque dossier, mais elles permettent de documenter rapidement les faits. Notre article sur les protections Android contre les arnaques détaille les signaux à surveiller. À l’approche du 27 novembre, notre guide du Black Friday 2026 aide aussi à repérer les faux sites marchands. Pour les achats financés, lire enfin les nouvelles règles du crédit à la consommation.
Ce que l’arrêt change concrètement
Pour les opérations non autorisées, la banque ne peut pas se contenter d’opposer immédiatement une faute grave du client pour conserver les fonds. Elle doit d’abord rembourser, sauf soupçon sérieux de fraude du payeur dans les conditions prévues, puis faire valoir ses arguments séparément.
La décision interprète le droit européen. L’application à une situation précise dépend toutefois des faits, de la qualification de l’opération et des preuves disponibles. En cas de litige important, un professionnel du droit ou une association de consommateurs peut examiner le dossier individuel.
Reconnaître les faux messages en vidéo
Sources
- Service-Public.fr : présentation de l’arrêt, 2 novembre 2026
- Cour de justice de l’Union européenne : affaire C-70/25
- EUR-Lex : directive sur les services de paiement
Photo : MarkJFernandes, via Wikimedia Commons — CC0. Source de l’image.
Informations vérifiées le 8 novembre 2026.
