Économie

L’élection italienne, un coup de massue pour l’Europe

ANALYSE. Le résultat des législatives en Italie, expression d’un violent rejet anti-européen et dominé par la question migratoire, assombrit une fois encore l’avenir de l’Union. A moins d’un sursaut, le triomphe de forces populistes dans un pays fondateur assombrit l’espoir de reconstruire une vision collective.

Beaucoup ne l’avaient pas vu venir. Comparé à une élection française vécue comme un moment de quitte ou double pour l’Union européenne, le scrutin législatif qui vient de se dérouler en Italie n’a pas électrisé les foules à Bruxelles. Moins binaire puisqu’il allait nécessairement déboucher sur une logique de coalition, il n’a pas fait l’objet de la même attention médiatique.

Dirigeants groggys

Erreur : c’est en réalité un énorme coup de massue que vient de recevoir l’Union. Avec le triomphe de forces anti-européennes dans un pays fondateur, une parenthèse d’espoir se referme dans la capitale européenne. Ouverte par l’élection d’Emmanuel Macron, sur fond de Brexit et de présidence Trump, elle avait laissé croire que l’Union européenne allait pouvoir, avec un peu de volonté, regagner les coeurs des citoyens. Groggys, les dirigeants européens sont obligés de reconsidérer les choses sous un angle infiniment plus sombre.

D’abord, sur le plan du calendrier, l’ironie de la séquence dit quelque chose de cette Europe de plus en plus lourde à manoeuvrer. C’est en effet au moment même où l ‘Allemagne parvient enfin à trouver une coalition pour se gouverner que les urnes plongent l’Italie, à son tour, dans les affres des négociations politiques. Le moteur franco-allemand peut repartir, mais il aura du mal à embrayer sans la troisième économie de la zone euro.

Scénario répétitif

Alors que les Pays-Bas ont aussi dû négocier durant de longs mois, l’année dernière, pour trouver leur propre coalition, et que la République tchèque n’est pas non plus sortie de l’incertitude, le scénario devient répétitif. Dans une période où l’offre politique ne se structure plus autour des deux grands pôles classiques que sont la droite et la gauche, les scrutins électoraux entraînent des périodes de tractations complexes et débouchent sur une profonde incertitude. Sur un océan mondial en pleine reconfiguration, le paquebot européen reste tétanisé et sans commandement véritable. Le tout face à des compétiteurs qui peuvent se targuer, au contraire, d’être en mesure d’assurer une plus grande continuité stratégique.

Ensuite, sur le fond, ce vote de rejet permet de remettre en perspective la dynamique électorale européenne. Pour une Marine Le Pen battue, combien de performances des partis eurosceptiques ? De l’extrême droite autrichienne installée de plain-pied dans la coalition au pouvoir à l’enracinement de l’AFD au coeur de la vie politique allemande, en passant par la puissance du Parti pour la liberté de Geert Wilders aux Pays-Bas ou celle du M5S en Italie, la liste ne cesse de s’allonger.

Révolution « illibérale »

Elle mérite d’être complétée par d’autres mouvements, plus à l’est de l’Europe. Le Fidesz de Viktor Orban en Hongrie, le parti Droit et Justice en Pologne : chacun, à sa manière, met en oeuvre une révolution « illibérale » qui sonne comme une mise en pièces des fondements de l’Union européenne. D’ailleurs, si l’élection d’Emmanuel Macron a permis aux pro-Européens de souffler, elle s’inscrivait, elle aussi, dans une logique de rejet radical des élites politiques traditionnelles. Le champ politique européen est désormais structuré autour de cette question centrale.

Quant aux motifs qui expliquent l’exaspération d’une partie croissante des Italiens à l’égard de l’Union, ils en disent long, eux aussi, sur l’état de l’Union. C’est en effet la crise migratoire qui a fait déborder le vase. Près de 700.000 personnes sont arrivées sur les plages du pays depuis 2013. Un défi que Rome a dû affronter dans une grande solitude. Les projets de Bruxelles, sous la pression de Berlin, visant à organiser des mécanismes de solidarité entre Etats membres, ont soulevé un tollé à l’Est de l’Europe, ouvrant l’une des pires crises qu’ait connues l’Union.

Mur d’incompréhension

Un mur d’incompréhension s’est dressé entre deux camps, instillant un venin mortifère. D’un côté, le groupe de Visegrad (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie) recourant volontiers à la caricature pour fustiger la position « occidentale » sur ce sujet. De l’autre, les chantres de la solidarité, qui en plus d’avoir parfois du mal à mettre en oeuvre ce qu’ils prônaient, ont surtout été incapables d’écoute face à des pays dont ils ont sous-estimé la colère. Source

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