Publié le 8 novembre 2026 Mis à jour le 8 novembre 2026
Emmanuelle Péchenart a reçu le 6 novembre 2026 à Arles le Grand Prix de la Société des gens de lettres et du ministère de la Culture pour l’œuvre de traduction. Dotée de 15 000 euros, la distinction récompense plus de quarante ans consacrés à la littérature sinophone.
Un prix pour l’ensemble d’un parcours
Créé en 2017, le Grand Prix SGDL-ministère de la Culture distingue chaque année l’œuvre d’une traductrice ou d’un traducteur littéraire. Il ne récompense donc pas un seul livre, mais une trajectoire et le travail de circulation des textes étrangers en français.
Le prix 2026 a été remis à la chapelle du Méjan, à Arles, pendant les Assises de la traduction littéraire. Son jury réunit des traducteurs, des écrivains, des journalistes et des critiques. Le ministère précise que la sélection est indépendante.
La littérature chinoise en français depuis les années 1980
Emmanuelle Péchenart traduit depuis les années 1980 des romans et de la poésie venus de Chine, de Taïwan et de la diaspora. Elle a notamment contribué à faire connaître en France Eileen Chang et Zhang Xinxin.
Plus récemment, elle a traduit Ghost Town de Kevin Chen. Son travail a été publié par de nombreuses maisons, parmi lesquelles Zulma, Actes Sud, L’Asiathèque, Philippe Picquier, Mercure de France, Calmann-Lévy et Le Seuil.
Cette diversité éditoriale compte : elle montre que la traduction n’est pas un simple transfert de mots entre deux colonnes. Elle suppose de comprendre une époque, des références, des rythmes et parfois des variantes linguistiques propres à plusieurs territoires sinophones.
Une traductrice formée aux langues et à l’architecture
La lauréate est diplômée de l’Institut national des langues et civilisations orientales et titulaire d’un doctorat en sciences du langage de l’École des hautes études en sciences sociales. Elle a également travaillé sur l’histoire de la ville chinoise à l’Institut français d’architecture.
Ce parcours nourrit un métier où l’enquête prend une grande place. Une adresse, un bâtiment, une recette ou une expression peuvent demander des recherches avant même de choisir la phrase française. Le résultat doit paraître naturel au lecteur, alors que la préparation peut être tout sauf légère.
Pourquoi la traduction reste une création
Dans l’entretien publié par le ministère, Emmanuelle Péchenart insiste sur les choix et les exigences propres à chaque texte. La traduction littéraire doit préserver une voix sans produire un calque illisible. Chaque solution entraîne des pertes et des gains : rythme, image, sous-entendu, humour ou niveau de langue.
Cette dimension créative devient particulièrement visible lorsque plusieurs traductions d’un même texte existent. Elles ne sont pas nécessairement contradictoires : elles peuvent faire entendre des aspects différents d’une œuvre, selon l’époque, le public et les partis pris éditoriaux.
La circulation internationale des œuvres traverse aussi d’autres sujets culturels récents. L’alliance entre le Centre Pompidou, le MoMA et M+ doit rapprocher trois collections sur trois continents. Le programme Vacances culturelles 2026 vise, lui, à élargir l’accès aux pratiques artistiques. Notre synthèse sur les usages du pass Culture montre enfin comment les publics découvrent concrètement livres, cinéma et spectacles.
Un métier confronté aux outils automatiques
Les outils de traduction automatique peuvent aider à comprendre rapidement un document ou à explorer des pistes. Ils ne dispensent pas de vérifier les références, les ambiguïtés et la cohérence d’une œuvre. Pour un roman ou un poème, la question n’est pas seulement « que signifie cette phrase ? », mais aussi « quelle expérience produit-elle ? ».
Le prix remis à Emmanuelle Péchenart rappelle ainsi une évidence souvent cachée dans les pages de titre : une grande partie de la littérature mondiale disponible en français existe grâce à un travail d’auteur à part entière.
Sources
- Ministère de la Culture : communiqué du Grand Prix 2026
- Ministère de la Culture : entretien sur la traduction littéraire
- Éditions Zulma : parcours d’Emmanuelle Péchenart
Photo : Bjeweld, via Wikimedia Commons — CC0. Source de l’image.
Informations vérifiées le 8 novembre 2026.
