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Égypte : une chanteuse condamnée à six mois de prison pour avoir critiqué le Nil

La chanteuse populaire Sherine était poursuivie pour avoir plaisanté sur la qualité des eaux du fleuve.

Un tribunal du Caire a prononcé mardi 27 février une peine d’emprisonnement de six mois à l’encontre de la chanteuse Sherine Abdel-Wahab, plus connue sous son simple prénom, après une simple plaisanterie sur le Nil. L’artiste de 37 ans, très populaire au Maghreb et au Moyen-Orient, a été condamnée pour avoir «nui à l’intérêt général», par de «fausses informations». Elle demeure libre le temps de l’appel, s’étant acquittée d’une caution d’environ 230 euros.

Lors d’un concert à Sharjan, aux Émirats Arabes Unis, en janvier 2017, Sherine avait rétorqué à un fan qui lui demandait de chanter son morceau «Mashrebtesh Men Nilha» («Avez-vous bu l’eau du Nil?»): «Non, vous risqueriez d’attraper la bilharziose», en référence à un parasite d’eau douce, cause d’infections chez l’homme, présent en Égypte depuis plus de 5000 ans, et contre lequel le gouvernement égyptien avait lancé en 2016 un programme de plus de 8 millions d’euros.

La chanteuse avait ensuite ajouté à l’adresse du public: «buvez de l’Évian à la place!» La vidéo de la séquence a fait le tour des réseaux sociaux quelques mois plus tard, en novembre 2017, suscitant l’indignation. Sherine s’était excusée de sa «blague stupide», écrivant sur sa page Facebook: «A l’Égypte, mon pays adoré, et à tous ses fils, je m’excuse de tout mon cœur pour la peine que j’ai pu vous causer.» Des poursuites avaient néanmoins été engagées contre elle.

«Terroriser les touristes»

En novembre, le très conservateur Syndicat des musiciens égyptiens l’avait empêchée de se produire en Égypte, en réponse à sa sortie sur le Nil, considérée comme une «moquerie injustifiée». L’avocat Samir Sabry, très mobilisé contre les figures publiques faisant preuve d’un comportement jugé immoral, a soutenu le syndicat et déposé plainte contre la chanteuse, l’accusant de «nuire à l’économie nationale, et terroriser les touristes.»

La loi égyptienne permettant à un citoyen de déposer plainte contre un autre s’il s’agit de faits relevant de l’«immoralité» ou de la «débauche», le milieu artistique est particulièrement touché par ces plaintes émanant d’une frange conservatrice et nationaliste. Mardi, Laila Amer, une autre chanteuse égyptienne a été condamnée à deux années de prison pour «incitation à la débauche», à cause d’un clip vidéo.

Le sujet du Nil est très sensible en Égypte, en raison des tensions avec l’Éthiopie et le Soudan voisins concernant un barrage. Le Caire cherche par ailleurs à relancer le tourisme, un de ses principaux pôles économiques, profondément affecté par les tensions sécuritaires dans la région, et l’instabilité politique depuis la révolution de 2011. Le Figaro

Le Figaro

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