Dans le Maine-et-Loire, les migrants ont chamboulé la vie des Maugeois

C’était un engagement. Une deuxième réunion publique a permis d’apporter un bilan du centre d’accueil et d’orientation ouvert à Saint-Pierre-Montlimart, commune déléguée de Montrevault-sur-Èvre, mercredi 28 mars. Des témoignages forts, entre sourires et larmes.

Comme un saut dans l’inconnu. Voici quatre mois, les habitants de Montrevault-sur-Èvre – commune nouvelle de 16 000 âmes – apprenaient, via une réunion publique, l’arrivée de quarante migrants, chez eux, dans les Mauges. Les uns ont exprimé des réticences, de l’inquiétude aussi. D’autres, au contraire, étaient prêts à donner un coup de main. Une fibre bénévole et altruiste déjà bien chevillée au corps, pour certains.

Et puis, le 20 novembre, le centre d’accueil et d’orientation (CAO) a ouvert dans un immeuble HLM de Maine-et-Loire Habitat, dans le quartier des Glycines, à Saint-Pierre-Montlimart, commune déléguée de Montrevault-sur-Èvre. La vie du CAO, géré par le centre d’hébergement et de réinsertion sociale Cité La Gautrêche, est coordonnée par Maud Porcher, visiblement très impliquée.

« Nos amis des Glycines »

Comme promis, une nouvelle rencontre publique a eu lieu en soirée, mercredi 28 mars. Elle devait permettre de présenter un état des lieux. « Pour savoir comment les choses fonctionnent » avec « nos amis des Glycines », introduit le maire délégué Serge Piou, très détendu, dans la grande salle de l’espace du Vallon-d’Or.

À sa gauche, tout aussi à l’aise, le maire de Montrevault-sur-Èvre, Alain Vincent, enchaîne : « On m’avait un peu inquiété… Mais aujourd’hui, on peut être fier d’avoir accueilli ces personnes en difficulté. »Philippe Bradfer, directeur départemental de la cohésion sociale, service sous l’autorité du préfet, n’en doutait pas : « Je sentais bien, ici, la volonté politique, forte, réelle. »

100 à 120 bénévoles

Les deux élus des Mauges insistent, toujours étonnés : « Quand on rencontre ces jeunes gens, ils sont souriants. » Ils ne sont pas les seuls à faire cette remarque. Et, à entendre les différentes prises de parole, le sourire affiché de jeunes hommes à l’abri – seulement pour un temps – déstabilise les esprits maugeois.

D’une moyenne d’âge de 23-24 ans, ces garçons viennent majoritairement du Soudan, mais aussi d’Afghanistan et d’une dizaine de pays d’Afrique de l’Ouest et de l’Est. Ils ont quitté leur famille, leurs racines, ont fui un pays lointain et parfois en guerre, ont parcouru des chemins semés d’obstacles, porteurs de souffrances. Sans aucune idée du lendemain, de leur avenir. La plupart se trouvaient dans un camp, porte de la Chapelle, dans le nord de Paris, avant d’arriver dans l’Anjou.

Dans la salle, une vingtaine d’entre eux sont là, assis, silencieux. Un traducteur en langue arabe intervient pour quelques-uns. Les Soudanais Muftah et Hussein, le Guinéen Ousmane, le Libérien Hassan et l’Afghan Ismaïl se lèvent pour parler, eux aussi, face à l’assistance. Avec l’envie de « remercier tous les citoyens de cette commune pour leur comportement et leur soutien ».

83 bénévoles répertoriés – « 100 à 120 en comptant les couples », selon Yves Bigard, élément moteur – se plient en quatre pour leur proposer des activités sportives, du maraîchage, des cours de français. Ils assurent les repas, les emmènent à des rendez-vous médicaux, administratifs, aux Restos du cœur, les invitent chez eux à regarder un match de foot à la télé…

Ils leur proposent même parfois « des invitations à dîner ». Très régulièrement, semble-t-il. « Cela permet à tout le monde de respirer, de garder le moral, lâche cette autre bénévole. Ils sont en situation d’attente, d’incertitude. Rester à gamberger, ce n’est pas évident ! »

« Je voulais sauver ma vie »

Muftah adresse une promesse à ces bienfaiteurs : « On sera à la hauteur de vos espérances. » Ousmane, l’air grave, « remercie infiniment… On sait tous vos efforts pour nous obtenir des papiers. Mais vous n’avez pas ce pouvoir ».

Passé par le Danemark, Ismaïl, le plus jeune d’entre eux, « 16 ans et 8 mois », se livre sans se rendre compte qu’une partie du public ne comprend pas l’anglais. Ses mots lui sortent des tripes. « Ma mère me manque. Mes frères… Je n’ai rien, je suis seul. Je voulais sauver ma vie, être en sécurité, rester en bonne santé. Je souris, mais dans mon cœur je pleure. » Avant d’ajouter, dans un élan plein d’espoir : « Je veux rester ici ! »

Lui et 36 autres jeunes hommes du CAO gardent une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Migrants « dublinés » – en référence aux accords européens de Dublin –, assignés à résidence dans leur CAO, ils sont censés être renvoyés dans l’État dans lequel ils sont entrés en Europe et ont laissé leurs empreintes. Avec le risque d’être expulsés dans leur pays.

« Ils ont passé Noël avec nous »

Ils seront assignés à résidence aussitôt qu’ils auront été avisés en préfecture de cette situation. « Ils savent qu’ils ont vocation à repartir », confirme Philippe Bradfer. Après, « il peut y avoir un processus de réadmission ». Mais, admet le représentant de l’État, « ce ne sont que des dérogations, des situations très exceptionnelles. »

Micro en main, Jean-Jacques Dubillot, président du club de handball Saint-Pierre – Montrevault, « a ressenti dernièrement un appel de détresse : certains vont repartir en Italie ». Il tente de contenir ses larmes, n’y arrive pas. « Ça va faire plusieurs mois qu’on vit des choses très riches avec eux. Ils ont apporté de la joie, du bonheur, une dynamique. Ils viennent manger à la maison, ont passé Noël avec nous. »

Cette rencontre avec ces inconnus a « chamboulé » sa vie. « Comment peut-on retirer le cœur qu’on leur a donné plusieurs semaines avant… » L’émotion le submerge. Il se reprend : « Non, on ne peut pas. »

Outre le centre d’accueil et d’orientation (CAO) de quarante places de Saint-Pierre-Montlimart, commune déléguée de Montrevault-sur-Èvre, dans les Mauges, le Maine-et-Loire compte 160 autres places en CAO pour migrants à Angers, Segré, Saumur et Doué-en-Anjou. Le tout premier CAO du département (30 places) avait investi, en janvier 2016, des locaux de l’organisme de formation Afpa d’Angers.

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