Côte d’Ivoire : les religieux musulmans dénoncent la mendicité autour des mosquées par « des mendiants fortunés »

En Côte d’Ivoire, de nombreux mendiants rôdent autour des mosquées d’Abidjan et dans les grandes villes.

De plus en plus d’imams et de chefs religieux s’insurgent contre cette pratique.

Assis dans un fauteuil roulant, sous un soleil de plomb, Seydou a la quarantaine. Depuis dix ans, il mendie devant la grande mosquée de Koumassi, une commune du sud d’Abidjan. « Les offrandes que je reçois des bonnes volontés me permettent de nourrir ma famille quotidiennement », explique-t-il à La Croix Africa.

Le quadragénaire a une femme et deux enfants. Il vit dans un appartement dont il paye le loyer chaque mois grâce à l’aumône. « Je m’en sors et bénis Allah pour sa grande miséricorde en ma faveur ».

À quelques dizaines de kilomètres de là, dans le périmètre de la mosquée centrale de la commune d’Adjamé, au nord d’Abidjan, se trouvent un nombre impressionnant de mendiants. Ils récitent à longueur de journée les paroles islamiques de la zakât (aumône).

Aïcha est mère de jumelles de 4 ans. Depuis plusieurs années, elle vit exclusivement de la mendicité. « Mon arrivée dans ce lieu de culte s’explique par le fait que mon mari est sans emploi, avoue-t-elle. Je mendie pour avoir de quoi nourrir ma famille mais certains autres mendient pour s’enrichir ».

Des mendiants fortunés

« Ce qui est surprenant, c’est que la plupart des mendiants qui sont autour des lieux de culte viennent de certains pays de la sous-région où ils réalisent de grands projets grâce à l’aumône », soutient Falikou Diomandé, imam principal de la grande mosquée de la commune de Port-Bouët, à Abidjan. Selon l’imam Diomandé, ces mendiants reçoivent des dons comme la viande, du riz, du mil, qu’ils revendent par la suite.

L’imam de la grande mosquée de Port-Bouët, a pris une mesure stricte contre cette pratique devant sa mosquée : il compte faire appel à des agents de sécurité pour écarter les mendiants.

Ce que dit l’islam

La Sunna, la tradition du prophète de l’islam, qui reprend ses paroles et ses actes tels que les auraient rapportés ses compagnons, comporte des mises en garde à l’égard des « faux » mendiants. «Quiconque demande de l’argent aux gens sans être vraiment pauvre, mais seulement par avidité, demande des braises, qu’on lui donne peu ou beaucoup », indique ainsi un hadith.

Aux yeux de l’imam principal Amidou Koné, de la mosquée Madina Remblais de Marcory, à Abidjan, dans l’islam, seul « le nécessiteux, le voyageur, le serviteur du temple » peuvent éventuellement mendier. « On peut faire la zakât (aumône) aux démunis en leur offrant des piécettes, précise-t-il. Mais il faudrait que ces personnes travaillent pour se prendre en charge ».

Pour éradiquer ce phénomène de la mendicité, Cheick Wakim Daouda Konaté, président de la Haute Autorité des imams pour la paix et la cohésion communautaire, multiplie les prêches et conférences de sensibilisation.

Dans le même sens l’imam Sékou Sylla, secrétaire général du Conseil supérieur des imams de Côte d’Ivoire (Cosim) souligne que ce phénomène qui a été réprimé à un certain moment refait surface. Pour le moment, le Cosim n’a pas encore décidé des actions à mener pour lutter contre la mendicité.

Depuis le 24 juillet 2013, le gouvernement ivoirien interdit la mendicité dans les carrefours des grandes rues d’Abidjan mais cette mesure n’a pas été longtemps respectée.

Magloire Madjessou (à Abidjan) Africa la croix

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